Les enjeux éthiques de l’IA : confiance, méfiance ou prudence?

Vous êtes à 100 % convaincu(e) que l’intelligence artificielle (IA) est une autre vogue au potentiel douteux, une mode destinée à disparaître? Ou vous croyez mordicus que cette technologie révolutionnaire résoudra tous les problèmes de l’humanité, sans le moindre risque? On ne saurait vous en blâmer : chacun son point de vue. Mais si vous n’êtes pas prêt(e) à changer votre position, ne fût-ce qu’un peu, si vous vous moquez de l’opinion des scientifiques (même s’ils sont de brillants spécialistes mondialement connus), car vous estimez qu’elle n’a pas plus de valeur que la vôtre, ne perdez pas votre temps à lire le présent article. De toutes façons, vous détenez une sagesse infinie!

En revanche, si vous aimez vous questionner en pesant le pour et le contre, quitte à remettre en question vos convictions les plus profondes, ces lignes vous seront peut-être utiles.

Le penseur d’Auguste Rodin (1840-1917)

L’alliance prometteuse de PlanetHoster et de l’IA

PlanetHoster s’apprête à annoncer son tout premier produit basé sur l’IA. Ses gestionnaires, conscients que la clientèle, tout comme la population en général, réclame aujourd’hui des outils accessibles à l’ensemble, dirigent en ce sens les travaux de recherche et de développement.

Comme toute construction de l’esprit humain, l’IA possède ses forces et ses faiblesses. À PlanetHoster, nous entendons tirer avantage des premières, et nous méfier des secondes.

L’éthique de l’IA : un sujet chaud

Dans le présent article, nous tenterons de comprendre les pour et les contre de l’IA d’un point de vue strictement éthique, en ce sens que nous nous intéresserons aux incidences de cette dernière sur les principes moraux qui sont à la base de la conduite des êtres humains. Il est certain que certains thèmes plus techniques seront abordés, mais nous nous limiterons au strict nécessaire1.

Tout au long du texte, nous ferons de nombreuses analogies. Elles seront souvent basées sur des faits ou des ouvrages de science-fiction récents ou anciens, admettant du même coup que la connaissance des erreurs passées nous épargne de les commettre de nouveau.

Au début, nous planterons le décor en instillant dans notre esprit certaines connaissances de base, essentielles à saisir. Ensuite, nous nous intéresserons aux arguments de spécialistes de l’IA possédant des opinions divergentes, qu’elles soient totalement optimistes ou à l’opposé, pessimistes, avant de prêter l’oreille aux dires d’autres spécialistes plus nuancés. Enfin, nous proposerons une conclusion, sans chercher à imposer une thèse plus qu’une autre; nous vous laisserons le soin d’en juger par vous-même.

Le robot du classique de Fritz Lang, Métropolis (1927), film dont l’action se déroule en… 2026 (!)

Remarque

Pour ne pas être accusé de plagiat, j’ai choisi de n’utiliser aucune aide à la rédaction ni à la révision linguistique (ChatGPT, Gemini, etc.). Après avoir écrit la première ébauche de l’article, j’ai demandé à une lectrice et à un lecteur indépendants, âgés de 77 et de 80 ans, qui ne sont aucunement familiarisés avec l’IA, de me donner une rétroaction en vue de peaufiner le texte. Je tenais, en effet, à ce que des êtres humains éduqués2, intelligents et, surtout, dotés de sensibilité et du sens de l’éthique, confirment la clarté de l’article et me donnent un compte-rendu de ce qu’ils en avaient retenu.

J’ai cependant utilisé l’IA pour faire des recherches sur le Web dans le but de me documenter davantage sur les récents progrès en la matière. La validité des sources a été rigoureusement vérifiée. Quant aux citations, elles ont été placées entre guillemets, selon les normes habituelles.

De la science-fiction au domaine du possible

Il y a près de 60 ans, le vendredi 3 novembre 1967 plus précisément, un épisode de la série télévisée The Prisonner (Le prisonnier) et intitulé Le Général surfe sur les ondes d’ITC. Le public anglais découvre alors une autre histoire avant-gardiste pour l’époque. Un récit qui va d’ailleurs contribuer à faire de ce témoin privilégié de l’histoire de la télévision britannique une série culte encore écoutée de nos jours, même par la jeune génération.

Ce soir-là, plusieurs scènes marquent l’imagination des auditeurs. Des scènes qui éveillent des craintes quant à l’abêtissement des masses, au pouvoir des machines et aux limites de ces dernières.

L’épisode complet de Le Général (The General en VOA) (copyright ITC, 1967)

The General met en scène un super-ordinateur expérimental assez évolué pour l’enseignement accéléré de la populace dans l’optique de la manipuler. Mieux, « Le Général » est capable de répondre à n’importe quelle question qu’on lui soumet. La machine en donne l’impression tout au moins.

De fait, vers la 44e minute de l’épisode, dans une scène qu’on jugerait de nos jours plutôt mélodramatique, le « Numéro 6 », héros de la série3, introduit dans l’ordinateur un seul problème. Du coup, la machine commence à barboter dans ses calculs, puis s’y empêtre inexorablement. Ses circuits surchauffent. Puis, proprement survoltée et gorgée d’une énergie fantastique, elle explose dans une apothéose de flammes et de fumée suffocante, électrocutant deux hommes qui tentaient désespérément d’interrompre cet emballement incontrôlable.

Alors le démoniaque Numéro 2 — allégorie de la folie dominatrice dont est capable l’être humain — demande à notre héros « Quelle était la question ? ». Le Numéro 6 rétorque : « Elle est insoluble, pour un homme ou une machine ». Le Numéro 2 insiste alors : « Quelle était-elle? »; son interlocuteur de dire laconiquement dans la version originale anglaise « Three letters: w, h, y, question mark. » (dans la version française : Tout simplement quoi?…Ce seul mot4.).

Compte tenu des balbutiements de l’informatique à l’époque (rappelons que nous sommes en 1967, alors qu’un an plus tôt, la DARPA5 lançait dans le plus grand secret le projet ARPANET, ancêtre de l’Internet), l’idée d’une machine se butant à une question d’ordre métaphysique relevait d’un synopsis de science-fiction. Mais aujourd’hui, nous n’en sommes plus si sûrs. Et ce, en raison de ces deux fameuses lettres que tout le monde a sur les lèvres, cette fois : « I » et « A ». IA.

« Situation bien en main » : dessin de Charmoz tiré de Le jacassin, de Pierre Daninos6

Science et fiction : la frontière

Lorsque des experts en intelligence artificielle de renommée internationale constatent que les découvertes récentes laissent sourdre la possibilité que le pire se concrétise, ce n’est plus de la science-fiction. On parle plutôt de clairvoyance. Le même genre de clairvoyance dont fit preuve Albert Einstein lorsqu’il mit en garde Franklin Deleano Roosevelt par rapport au potentiel destructeur de l’énergie atomique.

Clairvoyance rime avec prudence. Si le gouvernement américain avait ignoré les conseils du savant, il n’aurait pas lancé le projet Manhattan dans le plus grand secret. Un déséquilibre des forces avec les puissances de l’Axe en aurait probablement résulté.

Le projet connut sa première application pratique à Hiroshima, au Japon. Désormais, l’humanité avait le potentiel de se détruire elle-même.

Première bombe atomique utilisée contre des êtres humains (Hiroshima, 1945)

Revenons au 21e siècle. Deux opinions diamétralement opposées s’affrontent actuellement. L’intelligence artificielle est garante d’un monde meilleur pour l’être humain. À l’opposé, si elle est livrée à elle-même, elle causera une pléthore de problèmes pour l’humanité.

Le fait que je connaisse personnellement des gens de tous les milieux défendant ces deux opinions m’a convaincu d’une chose. Il est vain d’avoir la prétention d’élucider une question aussi épineuse. Plutôt, en tentant de prêter l’oreille aux pour et aux contre, nous aurons grand soin de puiser à la source fiable de la connaissance et de la sagesse des experts

Qu’ils soient informaticiens, programmeurs, philosophes, linguistes, théologiens même, pour ne nommer que ceux-là, ce sont eux qu’il faut écouter. Les plus modérés surtout, soit ceux qui reconnaissent que le temps du travail en silo est complètement révolu; la raison en est que ces personnes estiment qu’un dialogue établi à l’échelle internationale et enrichi d’une écoute mutuelle est devenu une obligation fondamentale.

Quelques concepts

À moins qu’on n’ait affaire à un petit génie, même la vulgarisation la mieux tournée ne peut faire comprendre le calcul différentiel et intégral à un enfant de deux ans.

Pour monsieur et madame tout le monde, y compris pour moi-même, force est de constater avec humilité que les arcanes de l’intelligence artificielle appartiennent au domaine des hautes sphères de l’esprit humain, auxquelles seule une parcelle de l’humanité peut prétendre. Ce n’est pas tout le monde qui est premier ou première de classe à l’école, après tout7.

Architecture de TCN (Temporal Convolutional Networks)8

À vrai dire, l’erreur est de se dire « L’IA? Gardons ça simple », « Dans mon livre à moi, on se comprend » ou, pire encore, « J’ai vu sur les réseaux sociaux un influenceur en parler. C’est cool« . 

« Cool » (Beavis and Butthead, créés par Mike Judge pour MTV)

Car ce n’est pas simple. C’est même très, très compliqué. Cela ne s’enseigne pas dans un cours de deux journées que réserve, pour la formation, le budget d’une compagnie.

En philosophie et dans la vie en général, les débats imposent de s’entendre d’abord sur le vocabulaire pour amoindrir les risques de confusion. Nous définirons donc quelques termes particuliers au monde de l’IA. Nous tenterons d’établir des parallèles avec certains concepts qui nous sont familiers. Ainsi, à défaut de tout saisir en profondeur, nous pourrons avoir une petite idée de ce qui en retourne. Ainsi outillés, nous pourrons mieux comprendre ce qui suivra.

Un premier jalon

Imaginons un instant que l’on demande à un être humain doté d’une mémoire prodigieuse, que nous appellerons « Monsieur Perroquet », de mémoriser l’ensemble des textes sur le Web. 

On aurait affaire alors à un drôle d’oiseau, plus intelligent qu’un perroquet ordinaire sûrement.9
Surtout si ce quidam était à même d’apprendre, c’est-à-dire de faire des recoupements entre une question qui lui est posée par son interlocuteur, que nous baptiserons du nom très original de « Monsieur X », avec des réponses à des questions similaires liées aux connaissances qu’il a emmagasinées dans sa mémoire fabuleuse.

Admettons qu’il aurait préalablement communiqué ces connaissances en réponse aux questions de Madame Y, par exemple, qui, à son tour, les aurait documentées sur le Web. Il pourrait aussi décliner des concepts associés à des réponses découlant de ses propres apprentissages faits par essais et erreurs, alors qu’il avait entretenu des conversations avec un autre type, Monsieur Z.

Avec le temps, en posant des questions pour aider Monsieur X, Madame Y ou Monsieur Z à clarifier leurs attentes, il est concevable que Monsieur Perroquet se base sur des probabilités pour servir sa « propre réponse » à de futurs interlocuteurs.

Après tout, si la majorité du monde le dit, ce doit être vrai (comme le croient des personnes incapables de sens critique)… Et si, dans le passé, il a eu du succès avec certaines réponses, ce doit être valable aussi…

Maintenant, il suffit à Perroquet, mouton de Panurge à ses heures, de savoir bien parler ou écrire son français pour donner l’apparence qu’il est l’inventeur de sa réponse aux questions des autres êtres humains qui interagissent avec lui.

Extrait de Les bijoux de la Castafiore, de Hergé (Copyright Casterman)10

Et si notre Monsieur Perroquet était un ordinateur? Aux yeux d’un Monsieur X, d’une Madame Y ou d’un Monsieur Z naïf, coup de théâtre : il arrive que le test de Turing passe haut la main.11 Mais ce n’est que de la poudre aux yeux car, à bien y penser, tout cela n’est ni plus ni moins que du plagiat. Preuve que l’intelligence est toute relative.

Pour résumer les choses, il n’y a pas si longtemps, c’était un peu comme cela que fonctionnait l’intelligence artificielle. À la manière de notre M. Perroquet, l’IA était gavée de connaissances, en l’occurence les données du Web. Un peu comme on bourre parfois le crâne des enfants, sans leur apprendre à réfléchir. En plus, l’IA acquérait des connaissances par essais et erreurs (on ne le dira jamais assez), dans une phase baptisée du nom pompeux d’apprentissage. L’IA semblait capable de répondre à une multitude de questions. Semblait car, si son utilisateur, sans même savoir comment fonctionnait l’IA, se servait de ses connaissances et de sa logique, il pouvait déceler des incohérences et ne pas gober tout ce que la machine lui « disait ».

Pamphlet sur la réforme de l’enseignement des mathématiques au tournant des années 198012

Le grain de sable dans l’engrenage

Il y avait un autre os avec ce genre d’IA. Aussi complexes qu’elles fussent ou élaborées par apprentissage, les réponses lui étaient, au départ, enseignées par des êtres humains. Et Dieu sait si les données sur le Web sont loin d’être véridiques13. Il est si facile de s’y écouter parler, sans écouter les autres.

Illustration de Saul Steinberg. La cantatrice chauve, théâtre absurde, ou l’art de s’écouter parler14

Les choses évoluent

Récemment, l’IA s’est démocratisée. Surtout, au cours d’une année charnière, 2023.

Avec l’arrivée de ChatGPT, pour ne citer que ce digne représentant des nombreux autres outils à la disposition du public, l’IA a la cote. 

Logo de ChatGPT

Selon certains, éblouis par de tels outils, l’être humain peut (ou pourra) se passer de ses semblables. Après tout, quoi de plus commode qu’une machine? Un Monsieur Perroquet humain, on doit le payer. Il a droit à ses vacances. Il peut faire la grève. L’État doit payer ses visites à l’urgence. Il faut financer sa pension de vieillesse. Tandis qu’une machine n’a besoin que d’électricité et de la fraîcheur de la climatisation des serveurs pour lui refroidir les idées.

Soit dit en passant, on ne peut passer sous silence un étrange paradoxe à ce sujet. En effet, de plus en plus autonomes, les machines contribuent ainsi au réchauffement climatique, cause éventuelle de leur propre destruction.

Chose certaine, tout évolue. La dernière version de ChatGPT, d’ailleurs, dispose de capacités surprenantes. Il serait inconcevable de le nier.

Un jalon d’importance : l’apprentissage profond

Une grande découverte à été faite assez récemment, somme toute : l’apprentissage profond. Qu’est-ce que c’est?

Les experts cherchent depuis longtemps à concevoir des IA aptes à découvrir des choses par elles-mêmes et à prendre leurs propres décisions en conséquence. Cela, sans que des êtres humains leur insufflent au départ des réponses élaborées, mais plutôt de vagues instructions, même boiteuses.

Grosso modo, l’apprentissage profond, c’est un peu cela : ne pas bêtement répéter, en ses propres mots, les idées des humains. Plutôt, découvrir quelque chose de nouveau, et se servir de ses propres découvertes pour découvrir encore du nouveau, quasiment à l’infini, et émettre ses propres opinions. Puis, décider par soi-même de la conduite à tenir.

Ici, on se rapproche vraiment de l’intelligence humaine. Ce qui est déroutant, c’est que des données probantes au sein de cercles plus ou moins restreints en démontrent déjà l’efficacité.

Réseau neuronal profond (deep neural network, ou DNN)

Ces progrès tangibles dans le domaine donnent un espoir d’y parvenir à large échelle un jour pas si lointain. Dans cinq ans affirment certains. Dans moins que cela, croient d’autres.

De là à ce qu’une espèce de Terminator estime que les êtres humains l’embêtent royalement et qu’il en vienne à la conclusion que les armes de destruction massive règleront ses problèmes (quasi) affectifs, il y a un pas. De nombreux spécialistes affirment qu’il y a loin de la coupe aux lèvres. D’autres même n’ont aucune inquiétude à ce propos.

Terminator 2, film de James Cameron (1991)15

Le hic, c’est qu’à défaut de ne pas s’entendre sur la certitude absolue d’un tel scénario catastrophe, des savants très sérieux et crédibles admettent néanmoins que la chose demeure du domaine du possible. Surtout si les hommes et les femmes laissent volontairement les machines prendre les décisions à leur place. Mais jusqu’à quel point l’irréparable nous attend?

Les visionnaires optimistes de l’extrême

D’un côté du spectre des opinions sur l’IA se situent ceux qu’on pourrait qualifier de « visionnaires optimistes de l’extrême ». Ils se jettent éperdument sur cette technologie, sans se préoccuper des effets potentiellement néfastes. Soit par ignorance ou, dans certains cas, en toute connaissance de cause.

Enthousiastes, ils vous diront qu’avec l’IA à son service, l’être humain a enfin conçu l’esclave parfait, le merveilleux Golem apte à lui obéir aveuglément.

D’autres vont même plus loin. Finis les souffrances, les guerres ou les politiciens véreux. Les machines deviendront tellement intelligentes qu’elles dépasseront l’être humain dans tous les domaines, les arts, la philosophie et la psychologie compris. Sans oublier les qualités morales de l’être humain, comme l’art de diriger les peuples, l’empathie, la sagesse, la bonté et l’impartialité, qui ne feraient pas exception à la supériorité des machines.

Ces partisans farouches de l’IA rappellent à tous qu’il faut vivre avec notre temps. Nous en sommes là : nous n’avons plus d’autre choix que d’accepter l’IA dans nos vies. D’ailleurs, elle en fait déjà partie. Depuis longtemps. Toujours selon eux, certes, quantité de métiers et de professions disparaissent et continueront de disparaître. Mais cela créera de nouvelles possibilités d’emplois, dans lesquels nous nous accomplirons encore mieux qu’aujourd’hui. Il n’y aurait donc aucune raison de s’inquiéter.

Un argument de poids

Ces visionnaires très optimistes invoquent un argument puissant. Il faut avoir confiance en la science, en l’évolution, comme nos ancêtres clairvoyants ont su tirer parti des grandes découvertes.

Après tout — et nul ne contestera ce fait — il a fallu des Pasteur, des frères Wright, des Steve Jobs, des Nikola Tesla, des Jules Verne, des Isaac Asimov, pour éveiller l’humanité endormie dans sa zone de confort. Il a fallu de ces visionnaires optimistes, parfois même un peu fous, pour progresser et amener l’homme à fouler le sol lunaire ou à soigner des maladies mortelles.

Dans ces conditions, pour rapidement traduire la pensée des optimistes de l’extrême, s’opposer à l’IA parce qu’on s’en inquiète est aussi absurde que de se priver de faire du vélo sous prétexte qu’on pourrait écraser des insectes au passage. Mais raisonner ainsi demeure objectivement un sophisme car, pour reprendre l’analogie, on peut leur répondre que la question n’est pas de vouloir protéger des insectes, mais plutôt le cycliste.

« Et pourtant elle tourne »

Néanmoins, pour paraphraser Galilée, l’IA fonctionne. Ce savant aurait pu répondre sa célèbre phrase aux inquisiteurs modernes qui cherchent à nuire à l’avancement des sciences : « Et pourtant, elle tourne ». Il est inutile de s’y opposer.

Il n’y a rien de plus vrai. ce serait nier ses avantages.

La tour expérimentale de Nikola Tesla constitue une autre preuve que le génie peut inspirer des êtres humains d’exception et qu’il faut les laisser libres d’agir pour pousser la science dans ses derniers retranchements.


La tour de Tesla (Shoreham, Long Island, 22 août, 1907)

Cette structure aux formes futuristes était destinée à la transmission sans fil d’énergie électrique sur de longues distances. Les recherches précédentes de ce grand ingénieur avaient prouvé que la chose était possible. 

N’eût été du lobby du cuivre, sa découverte aurait sûrement profité au monde entier. Hélas, encore une fois, les intérêts économiques des puissants eurent raison du bien commun. Tesla termina discrètement sa vie, volontairement confiné dans sa chambre d’un hôtel de New York.

« Et pourtant, elle tourne », doit toujours scander Galilée dans sa tombe en regardant les progrès incessants de l’IA.

Les visionnaires pessimistes

Tout à l’opposé des opinions optimistes sur l’IA se situent celles des « visionnaires pessimistes ». Elles découlent des personnes qui, inquiètes, pour ne pas dire proprement paniquées, nous annoncent la fin du monde.

Le Cri (peinture d’Edvard Munch, 1893)

Un travail de moine

Il y a fort longtemps, lorsque Gutenberg inventa l’imprimerie, il rendit la lecture accessible à tous, quasiment du jour au lendemain. À l’époque, la lecture demeurait une activité que pratiquait un nombre restreint de personnes, l’écriture sur les rouleaux de parchemins étant entièrement faite à la main.

Bien que l’invention eût réjouit une grande couche de la population, certains avaient de bonnes raisons de s’inquiéter : les moines copistes.

Il faut savoir que, avant que l’imprimerie soit répandue, ces ecclésiastiques consignaient patiemment à la main leur savoir sur des parchemins. Ils décoraient même leurs écrits ciselés en lettres gothiques de superbes enluminures, véritables oeuvres d’art inondées de couleurs.


Enluminure du Moyen-Âge, époque considérée comme obscure mais pourtant ruisselante de couleurs

On peut comprendre l’inquiétude de ces hommes qui, pendant des siècles, s’étaient légués de génération en génération un savoir complexe, qui s’accordait avec une vie de méditation et de prière. Évidemment, la popularité croissante des livres, qu’il fallait imprimer en énorme quantité, cadrait mal avec la patience voulue et l’énorme main-d’oeuvre requise pour y peindre individuellement de telles oeuvres d’art!

On peut donc dire que les moines copistes qui virent les premières presses à imprimer furent interloqués. Ils comprirent illico que leur travail se révélerait, à plus ou moins brève échéance, inutile. Certains même crurent que leur vie était désormais dénuée de sens. Ceux-là étaient des « visionnaires pessimistes ». Heureusement, l’être humain est étonnamment résilient et sait s’adapter. C’est ce que durent faire les moines copistes pour survivre.

De nos jours, plusieurs personnes sont tout aussi inquiètes de perdre leur travail lorsqu’elles constatent les capacités de l’intelligence artificielle. Inquiétudes parfaitement fondées, d’ailleurs, si on en juge par les licenciements massifs de travailleurs que remplacent les nouvelles machines, de plus en plus complexes et performantes.

Casque de pilote d’un F-35 : la profession de pilote de chasse évolue vite

La boîte de Pandore

Mais il n’y a pas que le travail. Il y a plus affolant. 

D’aucuns se rendent compte que les chercheurs en IA ont réellement joué aux apprentis sorciers. Ils prédisent que les machines perfectionnées deviendront carrément amorales et que, d’office, elles constitueront pour l’humanité une menace bien réelle. Pire, conscients que des laboratoires secrets sont dix ans en avance sur la science connue, ils affirmeront sans ambages que « l’on ne sait pas tout ». Et que, « si la tendance se maintient » comme le dirait Bernard Derome un soir d’élections, ce qui se fait dans la noirceur doit être horrible et menacera l’humanité au complet.

Lorsqu’on entend des expressions comme « auto-amélioration récursive » et que l’on apprend qu’AlphaEvolve de Google y parvient déjà, cela donne froid dans le dos. La mince ligne rouge est désormais franchie.

Google AlphaEvolve

Pour l’heure, retenons que l’auto-amélioration récursive est une forme d’apprentissage profond. Elle a ceci de particulier que l’IA, nourrie au départ des données, même de qualité quelconque, que lui fournit l’être humain, parvient à proposer des solutions que le plus génial des savants ne trouverait jamais.

Des solutions dont elle se nourrit elle-même ensuite pour générer d’autres solutions plus performantes, se débarrassant du coup des solutions devenues inutiles. 

Saturne dévorant un de ses fils (Francisco de Goya, circa 1819-1823)

Une sorte de réaction en chaîne incontrôlable, un peu comme l’explosion d’un réacteur nucléaire, où l’humanité est purement et simplement mise hors circuit par la machine elle-même.

En somme, ce qui distingue l’auto-amélioration récursive de l’apprentissage profond dont nous avons déjà parlé, c’est qu’elle n’a plus besoin de l’être humain pour apprendre et découvrir, car elle lui est désormais supérieure.

Tout cela revient à dire que, si des individus mal intentionnés possédaient un tel pouvoir, on ne serait plus loin des exactions de notre « Numéro 2 » du Prisonnier dont il était question en début d’article. Exactions que, voilà à peine 60 ans, une série télévisée proposait comme issues d’un scénario de science-fiction.

Les pessimistes ont-ils raison d’être inquiets? Certainement. L’Histoire nous enseigne que ce qui se fait dans le plus grand secret reste secret, filtre parfois, surtout lorsque des intérêts économiques ou militaires sont en cause. Les découvertes ne tardent pas à tomber entre de mauvaises mains.

En conséquence, c’est régner sur un monde de licornes ou être proprement inculte que de s’imaginer que Joseph Staline, Robert McNamara et consorts n’ont jamais existé et qu’ils se sont privés, par conscience humanitaire, des découvertes scientifiques les plus dangereuses pour l’humanité.

Horreur sur Londres imminente : lancement du missile V2, 1943, inventé sous l’Allemagne nazie


Connaissant la sinistre réputation de certain(e)s politicien(ne)s — psychopathes à cravates ou en jupes que la décence nous interdit de nommer — il n’est pas exagéré de craindre pour notre avenir à tous.

Lueur d’espoir

D’un autre côté, nos visionnaires pessimistes ont-ils raison de maintenir que l’humanité est vouée à sa perte pour autant? Probablement pas. Tant qu’il y a de la vie (humaine tout au moins), il y a de l’espoir. Pour les mêmes raisons que les bouleversements climatiques et les tensions internationales ne feront jamais baisser les bras aux êtres humains courageux.

Nos ancêtres ont connu la peste bubonique, les génocides, des guerres mondiales et autres atrocités, et s’en sont sortis. Pourquoi pas nous?

Jean Moulin, résistant français durant la Seconde guerre mondiale : le courage fait homme

Les visionnaires optimistes bien renseignés

Ici, nous tombons dans une catégorie d’hommes et de femmes à part. Nous pouvons les qualifier de visionnaires modérés, car ils voient loin, avec réalisme.

Ce qui les distingue de plusieurs, c’est que leur savoir leur permet de jauger les avantages et les inconvénients des découvertes, de connaître les limites à ne pas franchir. « De l’audace, toujours de l’audace, mais à quel prix? ». Voilà ce qui pourrait être le moto des « visionnaires optimistes bien renseignés ».

Les applications positives de l’IA : un exemple probant

Des chercheurs s’intéressent actuellement à la modélisation des écoulements turbulents en mécanique des fluides au moyen de l’intelligence artificielle. Il n’y a pas si longtemps, même avec les plus puissants des ordinateurs traditionnels, lorsqu’il était confronté à ces calculs, l’être humain atteignait des limites techniques insurmontables.

Nous noterons au passage que ce domaine de recherches possède un énorme potentiel, notamment en aviation. Moins gourmands en carburant, les appareils munis d’une aérodynamique de haut vol (sans mauvais jeu de mot) glissent mieux dans l’air, car la force de résistance de ce fluide, qu’on appelle la traînée, se trouve réduite lorsque les turbulences sont moins prononcées. Ainsi, sur l’illustration qui suit, on peut voir comment l’angle d’attaque d’une aile d’avion possède une incidence sur cette force car plus il est prononcé, plus les remous s’accroissent.

Écoulements turbulents. Plus l’angle d’attaque est élevé, plus les turbulences et la traînée sont importantes16

Or, des chercheurs de l’université de Kaiserslauten-Landau utilisent la technique d’apprentissage automatique des réseaux neuronaux profonds (DNN), pour améliorer, de manière itérative, les méthodes habituelles, sur la base de données d’apprentissage issues de simulations à haute fidélité. En clair, ils utilisent l’IA pour faire des modèles mathématiques d’écoulements de fluides turbulents d’une complexité désarmante. 

Utilisation de l’apprentissage automatique pour la modélisation d’écoulements turbulents17

Voilà un des nombreux exemples des merveilles que l’IA met à notre disposition et dont l’emploi ne peut avoir que de bons côtés. 

C’est le cas dans de multiples autres domaines, non seulement comme ici dans les sciences appliquées, mais encore dans les sciences fondamentales, en médecine, en économie, par exemple. La liste serait trop longue, car on peut sans exagérer clamer haut et fort que toutes les disciplines, de nos jours, peuvent directement ou indirectement bénéficier de l’intelligence artificielle.

Le côté obscur des Forces

J’ai hérité de mon grand-père maternel, le professeur émérite Albéric Boivin18 , un ouvrage qu’il possédait dans sa bibliothèque, alors qu’il était encore étudiant. Publié en 1937, ce livre avait pour titre Les rayons de la mort et autres nouveaux engins de guerre.

Les rayons de la mort19


Aussi étonnant que cela puisse paraître, ce livre allemand traduit en France prédisait, notamment, les applications militaires des impulsions électromagnétiques nucléaires20 . Écrit et traduit par des savants bien au fait des connaissances de l’époque et de l’évolution rapide de la technologie, ceux-ci appréhendaient, sans trop savoir exactement comment, la mise au point de telles armes. L’avenir leur donna raison. Les forces armées du monde entier disposent maintenant d’un arsenal si techniquement avancé qu’il peut mener à l’extermination pure et simple de l’humanité.

Ouvrons ici une parenthèse. J’ai retrouvé dans le livre une note datée de 1940 et signée d’Albéric Boivin, alors tout jeune étudiant en physique. Il y est question de la régression à l’infini. Pour mémoire, en philosophie, elle est souvent utilisée pour remettre en question des théories qui ne peuvent pas expliquer une cause première ou une justification fondamentale, puisque cela implique que le processus ne peut jamais être achevé. C’est donc dire que le professeur Boivin s’interrogeait sur le principe de causalité. Une question précisément liée aux limites de l’IA. Souvenez-vous du « Général » dont nous avons déjà parlé. À une époque que bon nombre qualifient de « grande noirceur« , il n’empêche que les savants québécois avaient des humanités.

Notes sur la régression à l’infini


Revenons aux auteurs du livre qui nous occupe ici. De tels savants existent aussi en 2025. Mais, plutôt que d’user de leur téléphone intelligent constamment et sans réfléchir, ils lisent, se cultivent l’esprit et travaillent dans leurs laboratoires, comme le firent leurs prédécesseurs, pavant la voie du futur dans l’humble discrétion que commandent les activités intellectuelles véritables. Leurs réflexions les incitent parfois à tendre la main pour tirer la sonnette d’alarme.

Il y a péril en la demeure

Nous avons dit que l’IA peut avoir des conséquences mortelles pour l’humanité. Doit-on l’en avertir? Faisons une analogie pour en juger.

Plusieurs d’entre nous sommes pères et mères de familles. Si notre tout jeune enfant, ignorant du danger qu’elle représente, tenait une arme à feu chargée et la pointait dans notre direction, le laisserions-nous agir? Non. Tout bon parent avisé se jetterait au sol. Il détournerait l’attention de l’enfant en lui demandant de tirer sur un objet quelconque. Ensuite, il lui enlèverait l’arme et lui servirait une sévère réprimande. Il s’en remettrait à l’intelligence d’être humain de son enfant pour qu’il ne recommence pas de sitôt.

Inutile d’épiloguer sur la question, nous sommes tous d’accord. Comme un enfant a besoin d’éducation, nous avons tous besoin, de la naissance à la mort, d’être sagement renseignés pour ne pas commettre d’erreurs irrémédiables. 

Quant à ceux qui nient une telle évidence, quel que soit leur âge, ne poursuivez pas votre lecture plus avant : vous avez raison, puisque vous en êtes convaincus.

Un risque : l’atrophie des cerveaux

Dans les années 1960, les ingénieurs québécois dessinaient à la main avec compas et équerres, et ils se servaient de règles à calculer (que voulez-vous, c’était la « grande noirceur« ). Malgré tout, munis d’outils aussi rudimentaires, ils ont conçu le prototype du CL-84 à Montréal dans les usines de Canadair : un exploit technologique sans précédent.

Prototype du Canadair CL-84, conçu à Cartierville au Québec au début des années 1960

De nos jours, disposant de calculettes et d’ordinateurs depuis la jeunesse, les ingénieurs vous diront : « À quoi bon s’intéresser à ces vestiges d’un passé révolu? ». Bien sûr, mais là n’est pas la question. Objectivement, apprendre l’utilisation de tels outils exigeait un effort mental important. Un effort qui en ferait reculer plus d’un de nos jours si l’électricité faisait défaut.

Serait-ce que nous sommes rendus plus bêtes que nos prédécesseurs? Avec les dérives de l’IA, serions-nous donc sujets à plonger dans une toute nouvelle grande noirceur?

À défaut d’être aussi sévères envers nous-mêmes, force est d’admettre que l’être humain, s’il n’exerce pas son cerveau comme ses muscles, s’il ne fait pas appel aux exigences de son libre arbitre, ne tarde pas à s’amollir. Rien de nouveau sous le soleil. D’où l’importance de ne pas s’en remettre exclusivement aux machines, en adorant l’IA comme une sorte de dieu sur l’autel duquel on sacrifierait nos facultés cérébrales.

Une sommité en IA à Montréal

Nous avons le privilège d’avoir au Québec, à Montréal, un chercheur de renommée mondiale, Yoshua Bengio. En 2018, il a partagé le prix Turing avec Geoffrey Hinton et Yann LeCun. Ce n’est pas rien. On dit souvent que le prix Turing est « le Prix Nobel de l’informatique ».

Cette sommité en matière d’IA, fort brillant et d’un humanisme exemplaire, sert une mise en garde aux gouvernements du monde entier : en deux mots, l’IA dérape. À terme, l’humanité pourrait être menacée dans son existence même. Il ajoute qu’il importe de réfléchir collectivement aux recherches dans le domaine, et de prendre des décisions pour réglementer les choses.

Prenez une pause dans votre journée. Écoutez un entretien fort édifiant avec lui : Intelligence artificielle : ce pionnier craint la destruction de l’humanité.

Yoshua Bengio en entrevue à Radio-Canada (Le balado de Rad)

Yoshua Bengio insiste sur le fait que la population doit être renseignée sur les dangers que pose l’IA pour la survie de l’humanité. En démocratie en effet, les électeurs ont tout intérêt à se garder au courant des opinions qu’émettent les experts s’ils veulent être en mesure de surveiller les choix des élus gouvernementaux.

Pour suivre un chef, il faut être assuré de sa compétence et de son courage. On ne peut demander à des hommes et des femmes d’obéir, les yeux fermés, à la sphère politique. Tout cela relève du sens commun. Pourtant, il est aisé de l’oublier. Dans le monde entier, les idées d’une droite radicale, néo-nazie parfois même, connaissent une montée en flèche. Tout comme, ce qui n’est guère mieux, les idéologues d’une extrême gauche tout aussi déchaînée paradent sans ambages dans les rues.

Répétons-le : en démocratie, des savants comme le Docteur Bengio gagnent à être écoutés attentivement. À la manière dont Albert Einstein le fut en son temps.

Prise de conscience au Québec

Il y a quelques années, le Gouvernement du Québec a mis sur pied une commission formée d’un atelier d’experts de l’IA.

Issus de multiples disciplines des sciences fondamentales et des sciences sociales, ces spécialistes se sont consultés. Leurs réflexions les ont poussés à émettre une série de recommandations au Gouvernement. Leur message était clair et corroborait ce que M. Bengio affirme : l’IA, comme toute révolution scientifique depuis la nuit des temps, a un bon côté comme un revers sombre.Le tout est de savoir la réglementer pour prévenir les dérapages. C’est pourquoi le Gouvernement prend plusieurs actions concrètes en ce sens.

À ce propos, pourquoi ne pas vous abonner à l’Infolettre IA du Conseil de l’innovation du Québec?

Un nouveau produit de PlanetHoster

Comme nous en avons parlé au début, PlanetHoster s’apprête à dévoiler un tout nouveau produit basé sur l’intelligence artificielle. Celui-ci s’adresse à une clientèle novice qui sait utiliser un ordinateur, mais qui n’a aucune expérience avec la création de sites Web.

Nous voulons en effet que nos clients désirant lancer leur nouveau site Web travaillent avec un partenaire fiable et qui a de l’expérience dans l’hébergement Web. Un travail main dans la main. Voilà une preuve que PlanetHoster sait rester proche de l’être humain, même avec des outils basés sur l’IA.

Restons humains : les machines sont des outils à notre disposition

En guise de conclusion

Dans cet article, nous avons voulu présenter les aspects positifs et négatifs de l’IA d’un point de vue éthique. Nous avons proposé une synthèse d’opinions diamétralement opposées, et terminé par les avis de personnes plus modérées, mais prudentes.

Il serait hasardeux d’affirmer que l’une ou l’autre des parties prenantes détient la vérité absolue. Même les experts ne s’entendent pas. Néanmoins, la vérité, comme c’est souvent le cas, se situe d’ordinaire quelque part entre les extrêmes.

On pourrait même dire quelque part où le libre arbitre reconnaît, certes, les impératifs de la curiosité et de la réflexion, mais sait tenir compte, aussi et simultanément, des zones qui se situent au-delà des limites de la vision simplement humaine. Ces zones sont celles de la conscience, qui appartient à un Ailleurs spirituel au-delà et indépendamment du cerveau humain. Un Ailleurs que l’on ne peut ignorer si l’on souhaite évoluer dans le sens des valeurs naturelles de l’existence, et qui transcendent les limites de l’intelligence humaine. À titre de preuve actuelle, des médecins comme l’anesthésiste français Jean-Jacques Charbonnier le démontrent scientifiquement21, tout comme l’ont fait d’ailleurs d’autres chercheurs précédemment22.

Voilà pourquoi les visionnaires optimistes bien renseignés sont sûrement les plus crédibles. Ils ne prétendent pas détenir la Vérité.

En ce sens, il aurait été intéressant d’explorer plus en détail les recommandations de ces experts qui estiment que l’IA possède un potentiel à ne pas freiner, pour peu qu’elle soit réglementée. Nous aurions pu aussi nous demander comment il se peut, alors que la science nous fait de plus en plus prendre conscience de la place de l’être humain dans l’Univers, on ne mette pas plus l’accent sur le potentiel humain? Si l’on considère que les machines doivent avoir la priorité sur nous, n’est-ce pas prendre le chemin du suicide collectif?

Semblables réflexions auraient toutefois dépassé le cadre de cet article, les aspects techniques et philosophiques à aborder étant nombreux. 

En attendant, peu importe leur position sur l’IA, armés d’arguments, nos lecteurs auront sûrement l’occasion de réfléchir, de se documenter davantage aussi. Nous les encourageons à débattre de la question avec leurs condisciples, collègues, familles et amis. Car c’est de l’écoute respectueuse réciproque que surgissent souvent les solutions aux problèmes les plus graves.

Et lorsque la connaissance fait son chemin parmi la population, celle-ci peut, avec davantage de clairvoyance, choisir ses leaders. Seuls des êtres humains de confiance, comme le firent le révolutionnaire et homme politique corse Pascal Paoli, ou encore le chevalier Rodrigo Díaz de Vivar en Espagne, savent prendre des décisions conformes à la recherche du bien commun de l’humanité.

Pas des machines, ne vous en déplaise.

Pascal Paoli (1725-1807) : le genre de politicien et de chef qu’il nous faudrait de nos jours
  1. D’autres blogues de PlanetHoster seront éventuellement rédigés pour aider nos lecteurs à se familiariser avec des sujets plus techniques. ↩︎ ↩︎
  2. Tous deux ont fait leur cours classique et des études de scolarité universitaire. ↩︎
  3. Joué par le génial Patrick McGoohan, qui incarnait le citoyen d’un hypothétique village où on enferme « ceux qui en savent trop ». ↩︎
  4. Il aurait été préférable de traduire par : « Tout simplement pourquoi?…Ce seul mot ». Les contraintes du doublage étant ce qu’elles sont, le mot « quoi » a été choisi à la place, ce qui modifie du tout au tout le sens de la phrase. ↩︎
  5. DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency): agence du département de la Défense américaine chargée de la recherche et développement en matière de nouvelles technologies à usage militaire. ↩︎
  6. Pierre DANINOS, (1962). Le jacassin. Nouveau traité des idées reçues, folies bourgeoises et automatismes. Hachette, 255 p.   ↩︎
  7. Discours élitiste? Peut-être. Mais comme le dit la sagesse populaire, « Il n’y a pas de sot métier, il n’y a que de sottes gens ».  ↩︎
  8. Nicolas MERIC. « 7 algorithmes à connaître en 2021 : fonctionnalités, différences, principes et applications », dans Le Mag IT, 8 juillet 2021. [https://www.lemagit.fr/conseil/7-algorithmes-a-connaitre-en-2021-fonctionnalites-differences-principes-et-applications] (Consulté le 17 novembre 2025).  ↩︎
  9. Conrad LORENZ (1968). Il parlait avec les mammifères, les oiseaux et les poissons. Éditions J’ai lu, 179 p. ↩︎
  10. Georges RÉMI (1963). Les bijoux de la Castafiore. Casterman, 62 p. ↩︎
  11. Alex GENDLER. Le test de Turing : une machine peut-elle se faire passer pour une être humain?, vidéo en ligne, 2024. Repéré au [https://www.youtube.com/watch?v=lnoqkDbwlRo].  ↩︎
  12. Marco WOLF (1984). La bosse des maths est-elle une maladie mentale?. Éditions La Découverte, 164 p.  ↩︎
  13. Il est triste de constater que des messieurs et mesdames je-sais-tout, ânes ignares qui se nourrissent aux râteliers du Web, particulièrement celui des réseaux sociaux, y bêlent à leur tour librement, propageant par la même occasion leurs soi-disant connaissances, dont l’intelligence artificielle va se servir à son tour. Un cercle vicieux…  ↩︎
  14. Eugène IONESCO (1950). La cantatrice chauve. Folio, 81 p. ↩︎
  15. Terminator 2 : Le Jugement dernier, film, réalisateur : James Cameron, États-Unis, Carolco Pictures, 1991, film de science-fiction, 2h 17m.  ↩︎
  16. PARLONS SCIENCES. Les quatre forces du vol, London (Ontario). [https://parlonssciences.ca/ressources-pedagogiques/documents-dinformation/les-quatre-forces-du-vol] (Consulté le 17 novembre 2025). ↩︎
  17. SCIENTIFIC COMPUTING. Dr.-Ing. Beckett Y. ZHOU et Prof. Dr. Nicolas R. GAUGER, Machine Learning for Turbulence Modeling, Kaiserslautern, Université de Kaiserslautern-Landau. [https://scicomp.rptu.de/research/machine-learning-for-turbulence-modelling] (Consulté le 17 novembre 2025).  ↩︎
  18. Albéric BOIVIN (1919-1991), fondateur du Laboratoire d’Optique et Hyperfréquences de l’Université Laval.  ↩︎
  19. M. SEYDEWITZ et K. DOBERER (1937). Les rayons de la mort et autres nouveaux engins de guerre.  Librairie Hachette, 245 p. ↩︎
  20. Un tel rayonnement représenterait une parade efficace contre le matériel d’une IA devenue incontrôlable, mais les dommages collatéraux sur les appareils électroniques dont nous dépendons seraient irréversibles ↩︎
  21. Jean-Jacques CHARBONIER, « J’ai vu des patients mourir… et revenir avec des souvenirs » J.Jacques Charbonnier décrypte les EMI, vidéo en ligne. Vu à [https://www.youtube.com/watch?v=Ol8-DG7xJ9I].  ↩︎
  22. Raymond A. MOODY (1975). Life after Life: The Investigation of a Phenomenon – Survival of Bodily Death. Bantam Books, 187 p.  ↩︎

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2 réponses à “Les enjeux éthiques de l’IA : confiance, méfiance ou prudence?”

  1. Franco dit :

    Un bien bel article que voilà, très étoffé et documenté, qui va me faire revoir Le Prisonnier 🙂

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Auteur/autrice

Louis Roy
Rédacteur technique chez PlanetHoster
Après avoir travaillé pendant 25 ans dans l'industrie en tant qu'ingénieur en mécanique, Louis a décidé de se consacrer à sa plus grande passion : l'écriture. Cela l'a amené à rejoindre PlanetHoster en tant que rédacteur technique sénior.
En plus de ses connaissances en rédaction et en traduction, son expérience en génie logiciel (CMMI niveau 5 et ISO) est également mise à profit chez PlanetHoster. On lui a confié en effet le rôle de conseiller en procédés organisationnels. Il est aussi responsable de la francisation (OQLF), de la mise sur pied des normes ISO et du programme d'accessibilité.
Enfin, Louis est bénévole en tant que directeur d'une organisation caritative qu'il a fondée en 2019 (École de Kung-fu d'Argenteuil).