L’intelligence artificielle et votre entreprise

L’intelligence artificielle (IA) est sur toutes les lèvres. Mais au-delà du hype, qu’est-ce que l’IA va changer pour les entreprises?

Depuis deux ans, on entend beaucoup parler d’IA au Québec. C’est que Montréal a vu naître une star : Yoshua Bengio, professeur à l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche en algorithmes d’apprentissage statistique depuis 2017. On a pu l’entendre sur toutes les tribunes, y compris la messe dominicale des Québécois, Tout le monde en parle. Voitures autonomes, traducteurs parfaits, aide au diagnostic en médecine, l’IA carbure à la promesse. Mais concrètement, quels seront les impacts pour les entreprises, et les applications pratiques? Tentative de résumé.

Petite histoire de l’IA

Ce n’est pas d’hier que les chercheurs s’intéressent aux « ordinateurs intelligents ».  Alan Turing, dans les années 1950, fut le premier à se demander si les machines pouvaient penser. Les recherches sur l’apprentissage profond ont été un peu délaissées dans les décennies suivantes, pour reprendre du poil de la bête au début des années 2010, grâce à la plus en plus grande performance des ordinateurs.

Qu’est-ce que l’IA, exactement ? De façon très simple, la recherche sur l’IA veut donner à l’ordinateur des capacités cognitives qui se rapprochent du cerveau humain, expliquait Yoshua Bengio lors du Panel sur l’intelligence artificielle et son application en entreprise donné par Cercle canadien de Montréal le 11 juin dernier. Ainsi, au lieu de donner des instructions à l’ordinateur avec du code et des algorithmes, la machine est programmée pour pouvoir apprendre, analyser, et effectuer une prise de décision. Pour ce faire, les chercheurs entrainent les machines à apprendre de deux façons : par apprentissage profond, et par renforcement (la carotte et le bâton).

L’apprentissage profond, ou deep learning, est la principale branche de l’IA étudiée à Montréal et à Toronto. Les avancées dans les dernières années tiennent à la possibilité d’entrainer les ordinateurs à apprendre à travers de grandes quantités de données (le fameux big data). « En gros, l’IA aujourd’hui est vraiment différente de ce qui se faisait il y a quelques années. Elle permet d’accomplir des tâches qu’on associe à l’intuition », explique Yoshua Bengio. Les ordinateurs peuvent donc de mieux en mieux comprendre et reconnaitre des images, des sons et du texte.

Cette façon d’apprendre à travers des exemples se rapproche de celle de nos propres neurones. La différence est que l’ordinateur a besoin de beaucoup (beaucoup!) plus d’exemples que le cerveau humain pour le faire.

Les applications de l’IA

Bien intéressant tout ça, mais concrètement, qu’est-ce que ça change dans la vie, et pour les entreprises? « L’intelligence artificielle a des implications majeures dans la vie de tous les jours », assure Louis Têtu, en marge de la conférence du Cercle canadien. « Il y a trois ans, les suggestions de mots fonctionnaient par programmation », indique-t-il en pointant son téléphone intelligent. « Aujourd’hui, celui-ci fait des suggestions en passant par des bases de données dans le cloud, en fonction d’où vous êtes, par exemple », poursuit l’entrepreneur, président et chef de la direction de Coveo, une des premières entreprises au Canada à commercialisation des applications liées à l’intelligence artificielle. Celle-développe des produits pour personnaliser les services clients et le commerce électronique. Ses technologies peuvent par exemple aider des agents des centres d’appels, leur donnant accès plus rapidement à de l’information, de la documentation et d’autres cas semblables.

D’autres exemples? Les systèmes de reconnaissance vocale comme Siri, mais également les assistants personnels intelligents comme Google Home, ou Alexia, qui anticipent vos besoins. Le site internet de votre compagnie d’assurance utilise probablement déjà des technologies en IA pour vous offrir des polices selon votre profil et vos données. En santé, les outils d’AI aideront à accélérer et à parfaire les diagnostics, par exemple en analysant des imageries médicales.

En aviation, l’IA permet une meilleure collaboration homme-machine, explique lors du Panel Siegfrid Usal, directeur général de cortAix, le centre de recherche en IA de la géante française d’aéronautique et de défense Thales. « Le trafic aérien va doubler, voire tripler, dans les prochaines années. L’IA va permettre de réduire les crash et les accidents », affirme monsieur Usal. Le mariage entre l’homme (et son jugement) et la machine (et sa puissance d’analyse des données) créera la vraie valeur, nous confie monsieur USal.

Prendre le train… et le contrôler


Selon monsieur Têtu, les entreprises de toutes sortes ont intérêt à considérer l’IA. Il prend pour exemple Amazon, qui rafle tout sur son passage grâce à ses puissants systèmes de prédiction et de suggestion qui lui permettent de faire de meilleures recommandations. « Les gens trouvent ce qu’ils veulent. Si des compagnies d’ici comme La Baie ne prennent pas au sérieux l’intelligence artificielle, elles vont disparaître », prédit-il.

Par ailleurs, plusieurs assurent que les bouleversements pour le marché de l’emploi seront immenses, et appellent à une réflexion impliquant gouvernements, population et entreprises. « Ça va transformer le monde des affaires », affirme monsieur Têtu. Comme lors de la révolution industrielle, des emplois seront remplacés par d’autres. Difficile de prévoir quand exactement ces changements auront lieu.

À court terme, cette transition entrainera des pertes d’emplois dans certains domaines, transition qui pourra s’étaler sur une ou deux décennies, croit Bengio. « Reste qu’il faut prendre ces changements au sérieux », assure Louis Têtu. Une réflexion à laquelle doivent participer les gouvernements, qui investissent des sommes massives dans la recherche sur l’IA, rappelle le professeur en culture numérique Jonathan Roberge, de l’INRS. « Les institutions devraient être garantes du principe de précaution », affirme-t-il. « Quand il y aura des pertes d’emploi, c’est l’État qui se ramassera avec ça ».

Louis Têtu affirme d’ailleurs sur toutes les tribunes l’importance de monétiser la recherche pour l’économie canadienne : « Il faut mettre cette technologie au service de notre économie », affirme-t-il. « Il faut que la richesse soit réinvestie ici, taxée ici », complète Yoshua Bengio.

L’IA promet bien des choses, mais il faut également prendre les risques au sérieux. Au-delà de la vision apocalyptique de Terminator, des problèmes concrets doivent être abordés : sécurisation des données, biais et discriminations, utilisation éthique de l’IA. Reste aussi à voir qui prendra le train : « Même chez nous, les gens ne sont pas toujours prêt adopter l’IA! », rappelle Siegfried Usal.

 


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2 réponses à “L’intelligence artificielle et votre entreprise”

  1. Michel Allaire dit :

    SVP changer mon adresse courriel de mich*****deotron.ca à
    mi****3@gmail.com

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Auteur

Catherine Couturier
Catherine Couturier est agente de recherche de jour, et journaliste indépendante, rédactrice, et réviseure de soir. Fidèle à sa formation d’anthropologue, elle s’intéresse (entre autres) aux relations entre les technologies et la société. Passionnée de science et de vulgarisation, elle a aussi récemment collaboré aux magazines Affaire universitaire, Forum et au site Alloprofparents.
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